Dans le milieu de la force, il y a un nom que tous connaissent. C’est celui de Joseph Ponnier.
Moi même, à mes débuts en compétition, je savais qui il était. Je n’avais d’ailleurs pas eu de mal à le contacter avant ma première compétition afin qu’il me donne quelques conseils.
Véritable pionnier dans la mondialisation du développé couché en compétition, excellent compétiteur, il est encore, aujourd’hui, investi dans notre milieu.
Et c’est avec joie qu’il a accepté cette interview et je l’en remercie encore pour le partage de son expérience, qui je l’espère vous inspirera.
1 - Tu es atteint d’une maladie rare. C’est d’ailleurs ce pourquoi tu as commencé les compétitions en handisport en participant plusieurs fois aux jeux olympiques. Ca devait être un rêve d’y participer. Peux-tu nous en parler plus longuement ?
Cette maladie est la poliomyélite qui est une maladie infectieuse virale qui peut entraîner des paralysies plus ou moins graves, plus ou moins diffuses, et être rapidement mortelle en cas d'atteinte « haute ». Dans sa forme paralytique, elle entraîne une atteinte exclusivement motrice. Véritable fléau dans les années 40-50, cette maladie a aujourd'hui sauf exception disparu des pays industrialisés et de toute une partie du monde. Cela n’a pas joué pour me lancer dans la musculation.
Au départ, mon but était de pouvoir faire du sport avec un handicap. J’ai commencé par le basket-ball en fauteuil roulant mais je n’avais pas l’esprit d’équipe. Puis un responsable d’Handisport m’a dit : « avec le torse et les muscles que tu as, tu devrais faire de l’haltérophilie (chez les Handisport cela s’appelle haltérophilie !). Au lieu de traîner dans les bistrots ou dans la rue avec des copains, je me suis inscrit dans une salle de musculation. A l’époque, les plus gros pousseurs de France, Ymga (320 kg au squat alors que les barres supérieures à 200 kg étaient rares), Raghouber, Lechertier, Ornème, s’entraînaient chez Pierre RIGAUD, boulevard Magenta, à Paris, et la bonne ambiance de la salle, fréquentée par des passionnés, m’a motivé. Par la suite, mon objectif fut de faire avec les bras ce que les autres faisaient avec leurs jambes. J’ai donc commencé la compétition en Handisport, où le règlement était différent de celui des valides. La barre était posée sur les trépieds d’un banc spécial, à 2.5 cm au dessus de la poitrine et il fallait seulement pousser la barre, il n’y avait pas la descente. En 1974, je poussais 80 kg.
J’ai participé deux fois aux jeux olympiques handisports. En 1976 je débutais, et j’ai fait 165 kg derrière un Suédois expérimenté qui a poussé une barre à 185 kg. La deuxième fois, en 1980, ce même compétiteur m’a battu au poids de corps avec 175 kg. J’étais fier d’avoir été battu par un si grand champion. Il m’avait dit ceci : « Aux prochains JO, tu seras médaille d’or, car tu auras acquis toute l’expérience dont j’ai bénéficié pour te battre ».
Un rêve ces JO ? Avec le recul non, pas vraiment. Au Canada en 1976, de nombreux journalistes nous ont filmés sous toutes les coutures en nous affirmant que les JO handicapés passeraient à la télé en septembre. Il n’y a rien eu, Pour moi ces journalistes sont venus « aux frais de la princesse » pour profiter du voyage. En Hollande en 1980, aucun journaliste français n’était présent. Aux JO de 1984, le 1er dans ma catégorie n’a réalisé que 150 kg, et j’aurais donc été champion olympique si j’y étais allé. Mais j’ai refusé ma sélection, car au fil des ans, j’ai réalisé que ces JO n’étaient qu’un cadeau qu’on offrait plus ou moins généreusement aux handicapés, pour se donner bonne conscience.
Après de longues années en handisport, on peut dire que tu as été un pionnier dans la pratique du développé couché en « valide ». Si mes souvenirs sont bons, en 1991, le premier championnat du monde fut organisé grâce à toi au sein de la WDFPF.
Mes premières compétitions chez les valides étaient à la FFHC (Fédération Française d’Haltérophilie et Culturisme), puis plus tard à la FFFA (Fédération Française de Force Athlétique) mais dans ces deux fédérations, le développé couché seul n’existait pas. A l’époque pour pratiquer le développé couché, les athlètes valides étaient obligés de faire les autres mouvements pour réaliser un total, c’était le règlement. Alors pour moi, je faisais des démonstrations en compétition chez les valides biens entendu avec les mêmes règlements au DC que les valides.
Ensuite, à la FFFA, dirigée par Lucien Defaria à l’époque, j’ai discuté avec Marc Vouillot de la possibilité de lancer le DC seul chez les valides, pour la bonne raison que ces derniers étaient obligés de faire un squat et un soulevé de terre pour pouvoir valider leur DC en compétition. Je trouvais ridicule de voir un athlète faire 100 kg au squat et au Soulevé de terre, et 160 kg au DC. Suite à diverses magouilles de la fédération officielle, et aux mésententes entre l’haltérophilie, la force athlétique et le culturisme, une équipe composée de Georges Gérard, Daniel Vachat, Jean Villenave et de moi-même avons créés ensemble la FFF (Fédération Française de la Force). Suite à diverses réunions, j’ai proposé de créer le développé couché seul en compétition. Je me souviens de mes paroles « je trouve inadmissible d’obliger des athlètes valides de faire 100 kg aux flexions de jambes et aux soulevés de terre et de faire 200 kg au développé couché. En plus, grâce au DC, vous aurez plus de licences ! ». C’est la que j’ai lancé le premier Championnat de France le 10 mai 1987 qui fut organisé à Meaux.
La FFF n’avait pas de Fédération Internationale. Peu de gens le savent mais la WDFPF a été créée par la FFF. C’est avec Georges Gérard, Daniel Vachat, Jean Villenave et Louis Marie Asselineau (19 ans à l’époque) que nous nous sommes réunis en Grande Bretagne avec les Anglais Messieurs Andrew et Cominos plus un Australien en 1988. Suite à cette réunion est née la WDFPF, fédération internationale concurrente de l’IPF. Ainsi, le 8 décembre 1991 fut organisé le premier Championnat du Monde de développé couché à Saint Malo sous l’égide de la WDFPF. Bien sur, il n’y avait pas beaucoup de monde, mais suite à ce premier championnat, l’année suivante, ce fut l’explosion, et les autres fédérations nationales et internationales nous imitèrent en créant leurs propres championnats de développé couché.
Je garde de cette époque de bons souvenirs, notamment d’avoir réalisé mes deux rêves : Passer 200 kg au DC valide et d’avoir créé des championnats de développé couché seul chez les valides, encore une fois.
A tes débuts, chez Pierre Rigaud, on peut dire que tu as été bien entouré. La salle était un véritable repère de champions. Cela devait être motivant de s’entrainer la bas.
L’ambiance était super dans cette salle, ce sont les athlètes qui font et créent la bonne ambiance. Oh lààà ! Dans cette salle, à l’époque le matériel était d’après guerre, vieux poids en fonte et caoutchouc, barres raides, rien à voir avec les salles actuelles. Mais maintenant, un athlète qui fait que de la force que cela soit aux 3 mouvements ou DC seul, a beaucoup de mal à trouver une salle de force. Les salles privées, leur intérêt c’est le business donc le Fitness, aérobic, gymnastique douce, pour ne pas affoler leur clientèle, ces salles privées ne veulent pas les gros pousseurs qui pourraient faire fuir leur clientèle. Les personnes que j’ai beaucoup admirées à cette époque fut IMGA (300 kg au squat sans bande, ni combinaison de force en – 90 kg), RAGOBERT, ORNEME à la salle ils triplaient 180 kg avec un banc en bois et des reposes barres séparées du banc.
Les premières compétitions en développé couché se faisaient souvent avec un banc en bois séparé des reposes barre et ces reposes barres n’étaient pas réglables pour la hauteur des bras, et j’ai toujours décollé seul la barre.
Après avoir excellé chez les handisports, on peut dire que tu as été un de nos plus grands champions français de développé couché chez les valides. Peux-tu nous en dire plus ?
Mes meilleures performances sont, en catégorie 56 kg 170 kg, 60 kg 195 kg, et en 67.5 kg 201 kg, 13 fois 150 kg avec temps d’arrêt sur la poitrine, 5 fois 185 kg, et toutes ces performances furent réalisées sans maillot de force (qui n’existait pas), seulement avec un simple T-shirt. Imaginons qu’à cette époque, j’aurais eu le maillot de force, mordu et fêlé comme j’étais vous pouvez rajouter + de 50 kg à ces performances ci-dessus.
Mes meilleurs souvenirs en compétition pour moi, c’est toutes mes compétitions, il n’y a pas un seul bon souvenir et ceci quelque soit la Fédération même si j’ai un petit pincement au cœur pour la FFF, mais vous avez compris pourquoi.
Au début de sa pratique en compétition, le développé couché se pratiquait sans matériel. Mais depuis, les combinaisons/maillots ont fait leurs apparitions, rendant le mouvement bien différent. Alors qu’avant, les compétiteurs échangeaient sur les techniques d’entrainements, désormais, on parle plus de maillots que d’autres choses, quel est ton avis la dessus ?
A l’époque, je tirais sans maillot parce que cela n’existait pas et que le règlement l’interdisait. Je ne critique pas les maillots, comme je disais ci-dessus si les maillots avaient existés à mon époque j’en aurais profité comme tout le monde, à partir du moment que le règlement l’autorise pourquoi s’en priver ?
Après, on peut être pour ou contre l’utilisation du maillot, mais c’est un autre débat (sans fin ?). J’ai de nombreuses fois donné mon avis sur les maillots de force dans plusieurs articles disponibles sur mon site. L’époque actuel autorise le maillot, alors faisons des compétitions avec les maillots, demain si on les supprime alors concourrons sans maillot ainsi va la vie. On pourrait aussi supprimer les chaussures à pointe pour le sprint, supprimer les crampons pour le football, remettre la perche en bois, remettre les barres avec les boules pour l’haltérophilie etc… Dans tout sport avec matériel il y a évolution et ceci pour améliorer la performance et le spectacle. Organiser des compétitions sans maillot de force ? Alors pourquoi l’athlétisme n’organiserait-elle pas des compétitions avec des perches en bois, par exemple ? Tout cela pour faire plaisir à quelques athlètes qui refusent le progrès.
Autrefois, l’ambiance des compétitions étaient différentes. Mais c’est aussi parce que le maillot n’existait pas. S’il avait existé, nous aurions eu les mêmes conversations que maintenant. Comme je viens de le dire, il faut savoir vivre avec son temps.
Quand le powerlifting a émergé au niveau mondial, il n’y avait qu’une seule fédération, l’IPF. Aujourd’hui, on assiste, à l’instar du bodybuilding, à une explosion du nombre de fédérations. On n’arrive plus à s’y retrouver, chacune ayant des règles différentes, des minimas différents… Sans parler du manque de communication de la plupart, même après contact téléphonique (expérience personnelle). Toi, qui a été impliquée dans plusieurs fédérations (AIDDA, WDFPF, IPF…), quel est ton opinion ?
Je vais être « bref » dans ce domaine. A l’époque, s’il y a eu plusieurs Fédérations de Force c’était tout simplement pour sauver la Force Athlétique car à la Fédération Officielle, les responsables s’en foutaient de la FA et surtout ne voulaient pas entendre parler du DC. Ces responsables étaient des purs et durs pour l’haltérophilie.
Toutes ces fédérations dissidentes avaient pour but de sauver la Force Athlétique, car à cette époque les responsables officiels magouillaient et se moquaient du sport, allant même jusqu’à se faire retirer l’agrément du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Seule comptait la place de Président, pour s’en mettre plein les poches.
Mes rôles à l’époque ont été :
A la FFF, j’étais secrétaire, je centralisais tous les résultats, je faisais les licences, je faisais le bulletin fédéral, la trésorerie avec le Président Georges Gerard, et tout cela sans ordinateur, avec juste une machine à écrire. Imaginez le boulot que cela représentait à l’époque, après mon travail (j’étais comptable dans une Société Américaine), le soir avec mes deux enfants à m’occuper et ensuite travailler pour la Fédération jusqu’à 2-3 heures du matin et le lendemain 8 heures debout pour travailler. Cela a duré environ 8 ans.
Ensuite avec Dominique Theraulaz et Patrick Bouvet, nous avons créé l’AIDDA qui avait pour but de créer un championnat de DC endurance, les fameux 100 kg, un championnat officiel. S’il y a eu un gros succès pendant environ 4 ans, c’est parce que les récompenses étaient généreuses : coupes énormes, etc… Les clubs, les athlètes veulent toujours de belles récompenses mais se moquent du coût et ne jouent pas le jeu. L’AIDDA offrait aux clubs organisateurs environ 2500 Euros de récompenses, mais les clubs licenciaient seulement 15 athlètes à 20 Euros. Faites le calcul….. De plus, vu le monde, la recette de la buvette du club organisateur était pour lui. Maintenant les athlètes et clubs pleurent l’AIDDA ! A qui la faute ? Maintenant, la FFHMFAC organise la Coupe de France d’endurance.
Mon rôle à la FFHMFAC, comme j’aime l’informatique, et pour rester dans le milieu, consiste à m’occuper de la centralisation des résultats, à faire la liste des sélections, à mettre à jour le site internet de la fédération officielle et de la CSNFA. Aussi pour aider les copains de très longue date. Qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, qu’importe : ils sont toujours là pour la force. Il est très facile de critiquer mais pour prendre sa place pour faire mieux, il n’y a personne. Je ne peux pas plaire à tout le monde, eux non plus.
Après, mon point de vue sur la multiplication des fédérations (associations en fait) est que cela n’aide pas à populariser notre sport. C’est de la dispersion. Tous ces hommes et femmes qui sont si fort dans les autres fédérations, pourquoi ne viennent-ils/elles pas faire les mêmes performances à l’IPF. Personne ne les empêche de venir. Je connais encore une excuse : « ce n’est pas le même maillot ». Alors celui qui fait 500 kg avec son maillot « extraordinaire » on ne lui demande pas de refaire 500 kg à l’IPF, mais 400 kg cela suffira avec le maillot de l’IPF, l’IPF n’est pas gourmande, on lui laisse une marge de 100 kg.
La fédération officielle essaie avec ses responsables, ses arbitres de faire respecter le règlement pour que notre sport soit propre, bien effectué dans de bonnes conditions. Malheureusement il y aura toujours des athlètes qui critiqueront et iront ailleurs. Pourtant en football, les joueurs peuvent contester un pénalty, mais ils ne vont pas créer une autre fédération pour cela. Je déplore aussi que des athlètes se vantent d’être champions du monde avec des barres qui ne leur donneraient qu’une 4ème ou 5ème place dans la fédération officielle. Mais ils préfèrent se regarder le nombril plutôt que de venir se battre avec les meilleurs.
En France, la FFHMFAC n’empêche personne de venir, moi à l’époque je concourrais dans toutes les Fédérations FFHC, FFHM, FFHMC, FFFA, FFF et AIDDA (mais il n’y avait pas le maillot, hélas pour moi).
Parlons maintenant un peu d’entrainement. Sur ton site (www.csnfa.com), on peut y lire ta méthode d’entrainement à 3 développés couchés par semaine avec des pourcentages différents à chaque fois. Outre ta méthode, comment organisais-tu ton assistance sur les autres muscles ? Aurais-tu des conseils particuliers à donner à quelqu’un voulant progresser durablement ?
Pas facile de bien expliquer sa méthode en quelques lignes. Une fois que j’ai trouvé une méthode d’entraînement qui marchait, je n’ai jamais changé, je l’ai toujours gardée.
Dans les tous débuts, j’ai fait beaucoup de musculation, de la musculation pour progresser au couché, et ceci pendant 3 ans. Puis un jour j’ai tout arrêté et me suis consacré seulement sur le DC. A l’époque, comme tout jeune je cherchais et changeais sans cesse de méthode, puis un jour j’en ai eu marre et j’ai suivi les conseils de Marc VOUILLOT et ensemble nous avons trouvé ma méthode, Marc m’apportait sa méthode et moi à travers sa méthode je cherchais à me connaître et quand cela n’allait pas, j’en parlais à Marc et ensemble nous améliorions la méthode. Il ne suffit pas de faire une méthode sans chercher à comprendre, je pense que l’athlète doit aussi parler avec son entraîneur, ne pas hésiter à critiquer certains points pour l’amélioration de la méthode. Je suis persuadé que ma progression au DC valide doit beaucoup à mon entrainement en Handisport.
Ayant mis un terme à ta carrière, tu es toujours dans le milieu. Je sais que tu as entrainé de nombreuses personnes, que tu aides la fédération sur les grosses compétitions, qu’est ce qui fait que tu restes connecter à ce milieu ? Crois-tu avoir encore des choses à apporter ?
Si je reste encore dans le milieu c’est par amour du sport, pour l’ambiance qui règne dans les compétitions, pour le plaisir de discuter avec les copains qui ont vieilli avec moi, même si nous ne sommes pas toujours d’accord entre nous. Mais nous sommes là pour la même passion.
Je n’ai pas entraîné beaucoup de personnes, j’ai surtout donné des conseils mais hélas, souvent les athlètes ne sont pas patients et changent de méthode et de conseil. Par contre, j’ai entraîné des athlètes à la salle de musculation à Pontault-Combault (77). Trois athlètes au total, le premier athlète quand je l’ai connu faisait en maxi 70 kg et pesait 65 kg, tout en suivant mes conseils et j’étais toujours présent pour voir comment il se plaçait sur le banc, comment il poussait sa barre, etc… deux ans après il réalise 130 kg (sans maillot) et toujours avec un poids de corps de 65 kg. Ensuite le 2ème athlète qui pesait environ 90 kg je l’ai connu à 120 kg et 1 an après il réalisa 200 kg (avec maillot). Le 3ème athlète que j’entraîne actuellement je l’ai connu à 140 kg cat.-100 kg, six mois après 210 kg avec maillot. Oui fier de les avoir coachés cela donne encore l’impression d’être sous la barre.
Il est dur de trouver des idées pour améliorer des choses que cela soit au niveau des règles et du matériel, surtout quand tu as connu tous les débuts de la FA et du DC. Avant on concourrait dans des caves, des sous-sols de HLM, ensuite nous nous sommes battus pour faire des compétitions dans les gymnases, on concourrait avec un banc en bois et les reposes barres séparés du banc, les reposes barres n’étaient pas réglables, on finissait souvent les compétitions environ à 2 heures du matin car tout se calculait à la tête surtout quand on oubliait la calculette (pour les indices et vérifications des minimas et niveaux). Avant les athlètes étaient heureux de venir en compétition, cela leur faisait une sortie, voir les copains et se moquaient que la compète durait jusqu’à 2 heures du matin, maintenant les athlètes à peine arrivés ils demandent quand cela va se terminer et si t’as le malheur de dire que la compète va se finir à 18 heures ils ne sont pas contents.
ANALYSE :
Vous devez commencer à en avoir l’habitude, mais comme toujours, j’ai eu le privilège, encore une fois, d’interviewer quelqu’un qui inspire, quelqu’un qui motive, quelqu’un qui nous montre que nos rêves, nos objectifs peuvent se réaliser à condition d’agir. Il ne s’agit pas de rester inactif face « aux problèmes » mais d’y trouver une solution pour avancer.
Après cette brève introduction, et grâce à cette excellente interview, j’ai choisi d’aborder 2 points :
1 – Le problème des fédérations ?
Il fut un temps ou je pratiquais la force athlétique, comme vous le savez. A l’époque, j’étais en FFHMFAC, catégorie junior –90 kg. Et c’est à cette période que, suite à la demande de Fabrice P., Webmaster de Smart Weight Training (www.swt.bz), je me suis consacré à faire un dossier complet de la force athlétique comprenant un historique, l’entrainement, les fédérations… Malheureusement, il n’est toujours pas fini, et peut être qu’un jour, la motivation me reviendra pour le terminer.
Mais c’est comme ca que j’ai découvert que Joseph avait créé les compétitions de développé couché dans le monde entier !
Outre des découvertes intéressantes, j’ai aussi pu m’apercevoir du nombre incroyable de fédération, ou plutôt association car seul une association ayant l’agrément ministériel se voit attribuer le nom de fédération, qu’il existait en force athlétique. Moi, qui croyait que seul le bodybuilding comportait un nombre incroyable d’association, eh bien quelle surprise !
Etant en pleine écriture de mon article, je me suis alors procuré les adresses mail et numéros de téléphone de tout les responsables d’associations afin d’avoir le règlement, les minimas… afin de pouvoir faire un comparatif entre elles, de connaître leurs différences…
Qu’elle ne fut pas ma surprise de ne recevoir aucun règlement. Bien qu’ayant été sympathique au téléphone, ayant laissé mon adresse et mon email, aucun président de fédération ne m’a envoyé son règlement, ni ses minima ! Et il a fallu plusieurs années pour que ces associations créent leurs propres sites internet afin de communiquer. Je ne m’explique toujours pas ce manque de communication de certaines associations, surtout dans un sport si peu médiatique et demande plus de communication.
Aujourd’hui, en France, on peut dénombrer pas moins de 5 fédérations/associations qui sont :
- La FFHMFAC : Fédération Française d’Haltérophilie, Musculation, Force Athlétique et Culturisme.
- La FSFA / WDFPF : Fédération Sportive de Force Athlétique
- L’AFFFBB / WPC : Association Française de Force, Fitness et Culturisme.
- La GPC : Global Powerlifting Committee
- La FSGT : Fédération Sportive et Gymnique du Travail.
Ces 5 fédérations sont les plus connues. Peut être en existe-t-il d’autres, mais à ma connaissance, elles se font très discrètes.
Evidemment, ils existent des différences majeures entre ces fédérations/associations, notamment sur la réglementation des 3 mouvements mais aussi sur l’utilisation de combinaisons/maillots plus ou moins performant.
Ainsi, dans certaines fédérations autorisant des maillots de développe couché « Open Back », il n’est pas rare d’assister à un mouvement d’amplitude partielle (verrouillage) sans que cela n’affecte l’homologation de la performance. Il est en de même pour les deux autres mouvements que sont le squat et le soulevé de terre.
Mais la question que tout le monde se pose est « Pourquoi y-a-t-il autant de fédération différente » ?
Outre la FSFA qui propose une catégorie sans matériel (Ce sur quoi, en ce moment, planche la FFHMFAC), les autres fédérations/associations n’ont aucune raison d’être véritablement. Qu’apporte-t-elle de plus que la fédération officielle ?
Il serait bon de savoir à qui profite cette dispersion des athlètes ? Aux différents dirigeants qui s’enrichissent par des frais d’inscription aux compétitions, par la souscription de licences ? Ou aux athlètes qui peuvent devenir « champion » en choisissant bien leurs « fédérations » ?
Et surtout d’où provient la création d’autant de fédération ? Est-ce comme à l’époque de Joseph, des différents entre dirigeants ? Ou y-a-t-il autre chose ?
Certains diront que je pose beaucoup de questions, mais celles-ci n’ont qu’un but d’information. J’aimerai, comme beaucoup d’autres, savoir ce qui trament derrière notre dos, comprendre cette division ? Alors que dans d’autres sports, tous s’unissent autour d’une même fédération, pourquoi sommes nous si éparpillés ?
Si un ou plusieurs présidents de fédérations veulent s’exprimer sur le sujet, ils seront évidemment les bienvenus pour nous éclairer de leurs lumières.
Comme me l’a fait remarquer Joseph au cours de cette interview, aux USA, c’est encore pire. Je le cite encore :
« Soyons francs et disons la vérité. Peu le savent mais aux Etats-Unis d’Amérique, la plupart des fédérations, c’est surtout du business. L’athlète s’inscrit sans matériel, paie 50 dollars… S’inscrit avec matériel et paie encore 50 dollars…Puis pour un autre mouvement et rebelote ! Et ceci à toutes les compétitions et finales nationales. Sans compter qu’il suffit d’inscrire 10 athlètes de nationalité différentes pour dire que c’est un championnat internationale ! Je l’ai vécu ! »
Pour compléter, je me souviens d’avoir eu une discussion avec Marc Vouillot à l’époque ou il était mon professeur et ou il m’avait dit pratiquement la même chose. Il suffisait de s’inscrire le jour même, de payer, pour pouvoir participer.
Pour compléter ces affirmations, voici deux exemples de fédérations avec leurs tarifs du jour :
Serait-il possible qu’un jour, toutes les responsables de ces fédérations se réunissent et tente de s’unir pour la « reconnaissance » de la Force athlétique et du Développé couché en France ?
2 – L’entrainement de Force.
Beaucoup d’athlète désirant pratiquer la Force Athlétique ne comprenne pas qu’il s’agit d’un sport différent du Bodybuilding. Les objectifs sont différents, l’entrainement doit donc être différent ! On ne fait pas le même entrainement que l’on fasse du 100 m ou du 800 mètres.
Ainsi, ici, au lieu de chercher à isoler à tout prix un muscle, au contraire, il faut s’efforcer d’utiliser un maximum de muscle de façon coordonné sur un même mouvement.
Avec l’exemple de Joseph, nous allons voir, sans rentrer dans des détails complètements inutiles, les principes sur lesquels repose l’entrainement de la Force.
Tout commence par la construction d’une base musculaire, une fondation sur laquelle on peut travailler. Il n’est, en effet, guère envisageable de se lancer dans l’entrainement de la force sans avoir de quoi la développer.
Ce n’est un secret pour personne que le muscle est un facteur de la force, une sorte de réserve exploitable. Ainsi, le type de fibres (IIx vs I), la longueur du muscle (myofibrilles), le nombre de fibres… font partis de ce potentiel de force qu’est le muscle.
C’est pourquoi, avant d’entamer l’entrainement de Force proprement dit, se construire une base musculaire, qui pourrait être développé lors de l’intersaison afin de changer de catégorie de poids (par exemple), est indispensable !
Après 3 ans de musculation générale, accompagné de Marc Vouillot, entraineur qu’on ne présente plus, Joseph s’est spécialisé et a commencé à chercher la méthode qu’il lui convenait, en cherchant toujours à améliorer, à perfectionner son entrainement. Il n’est pas resté figé à quelque chose. C’est la un point important. En Force Athlétique comme en Bodybuilding, combien de personnes restent figé sur un entrainement sans se remettre en question quand leur progression s’arrête ? C’est la qu’on comprend l’intérêt d’avoir un entraineur compétent à ses cotés, notamment à ses débuts.
Outre son entrainement pour le DC (http://www.csnfa.com/joseph_ponnier.htm), son assistance était réduite. Il s’agit de viser utile. La, ou certains vont faire 30’ de triceps en forçant sur des exercices n’ayant aucune répercutions sur le mouvement de compétition (qui sont donc inutiles), lui, son assistance, c’était le couché partiel (à 2.5 cm des pecs, la barre posée sur des trépieds en bas). Il ne s’agit pas de faire ses mouvements de Force puis de s’amuser à congestionner pendant plus d’une heure, à se fatiguer inutilement pour ne pas « dégonfler ».
Il ne faut donc pas, comme on le voit si souvent, gâcher son influx nerveux, qui est si précieux à la réalisation de performance, en se dispersant sur des exercices n’apportant aucun bénéfice (transfert). C’est pourquoi, avec le recul, je pense que la meilleure assistance consiste en une déclinaison du mouvement de compétition (principalement). On peut, par exemple, faire varier la largeur de la prise, la vitesse d’exécution, supprimer l’énergie élastique (à la claque)…Beaucoup de choses qui améliore notre aptitude à utiliser notre système nerveux, sans que celui-ci s’immunise. (L’immunisation du système nerveux consiste en une sorte de « blocage » des capacités d’apprentissages du mouvement, apprentissage qui ne se finit jamais sur un mouvement volontaire). La fréquence d’entrainement étant un facteur favorisant l’apprentissage nerveux, à condition qu’on ne s’immunise pas (en changeant légèrement le mouvement).
En effet, notre système nerveux est comme pour ainsi dire le principal facteur de la force. Il a pour rôle de donner l’ordre à nos muscles de se contracter. Et ces informations circulent sous la forme du fameux influx nerveux. C’est donc de cette transmission d’information que dépendent des facteurs comme la synchronisation des Unités motrices et des différents muscles entre eux, mais aussi de la force de contraction de chaque fibre (cf potentiation, post-activation). D’autres structures régulant la contraction musculaire sont aussi sous le contrôle du système nerveux comme les fuseaux neuromusculaire (réflexe myotatique), les organes tendineux de Golgi (chargés notamment de diminuer la tension musculaire) ou encore le circuit de Renshaw (qui désynchronise les unités motrices)
C’est donc sur le système nerveux que doivent principalement se focaliser nos efforts afin d’en améliorer son rendement et donc notre force. C’est pour quoi, comme je le proposais plus haut, l’assistance sur une déclinaison du mouvement de compétition semble être idéale d’un point de vue nerveux.
Outre cette assistance de « performance », il convient de mettre en place une assistance « musculaire » afin de ne pas créer de déséquilibre de force de part et d’autres des articulations (antagonistes). La prévention des blessures fait partie intégrante du jeu, et il est important d’en prendre conscience rapidement afin d’éviter les dégâts. Cette assistance, à faire hors saison compétitive, ne consiste pas à faire du culturisme (exception faite d’un changement de catégorie de poids) mais à se renforcer musculairement, en priorité sur des zones sensibles. C’est encore une fois de l’assistance utile, comme je mentionnais plus haut.
Les facteurs énergétiques sont le dernier rempart « améliorable » de la performance en Force Athlétique.
Par le biais de la Créatine Phosphate (CP), l’ATP peut se reconstituer plus rapidement après un effort et ainsi garder le muscle efficace plus longtemps (cf filière énergétique). Outre l’apport de créatine exogène (Créatine Monohydrate), l’entraînement permet d’augmenter ces stocks de CP. Quant à une application pratique ici, il s’agit de se reposer un minimum de 3 à 5 minutes entre chaque série pour permettre la reconstitution complète du taux de CP afin d’effectuer chaque série dans les meilleures conditions. Ce n’est pas pour rien que Joseph prenait 12 à 15 minutes de récupération entre chaque série.
Ce sont ces trois facteurs, sur lesquels nous pouvons agir qui vont déterminer, si oui ou non, nous progresserons. Les autres facteurs d’ordre génétique tels que la longueur des muscles, la longueur de nos bras et jambes… sont des facteurs non-améliorables. Nous devons forcément faire avec, il n’y a donc aucune raison de se plaindre comme on l’entend si souvent.
Vous voila donc averti pour que votre progression ne s’arrête jamais !
Je profite de la fin de mon analyse pour lancer un appel à ceux qui ont des choses à dire, à nous faire partager. Qu’ils se manifestent en m’écrivant à rudy.coia@yahoo.fr et ils seront les bienvenus pour être interviewés et nous faire partager leurs expériences.
D'autres photos de Joseph sont disponibles ici : http://s95.photobucket.com/albums/l142/SmartBody/Joseph/